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The Secret Book for Youki and Other Poems
by Robert Desnos, translated by Todd Sanders ________ For more translations of Desnos by Todd in Spring 2000 ________ For more Poetry |
lumière de mes nuits youki Te souviens-tu des nuits où tu apparaissais Sur le rectangle clair des vitres de ma porte? Où tu surgissais dans les ténèbres de ma maison Où tu t'abattais sur mon lit comme un grand oiseau Fatigué de passer les océans et les plaines et les forêts. Te souviens-tu de tes paroles de salut Te souviens-tu de mes paroles de bienvenue de mes paroles d'amour? Non, il ne t'en souvient pas, On ne se souvient pas du présent, personne. . . Or, il est nuit, Tu surviens, tu arrives, tu t'abats sur mon lit Je suis ton serviteur et ton défenseur soumis à ta loi et toi soumise à mon amour. Il est minuit il est midi Il est minuit et quart Il est minuit et demie Il est minuit à venir ou midi passé Il est midi sonnant Il est toujours midi sonnant pour mon amour Pour notre amour Tout sonne tout frémit et tes lèvres Et sur mon lit tu t'abats entre minuit et quatre heures du matin comme un grand albatros Échappé des tempêtes. les charmes de la nuit Quand on confie son corps aux charmes de la nuit Il semble voir paraître à travers la fenêtre Le visage lointain de ceux que l'on connut où étiez-vous? où était-elle? où serons-nous? Le temps qui s'abolit et renaît de lui-même ne répond même pas aux questions des passants, Ces fleurs qui s'effeuillaient ces souffles oubliés ont atterri bien loin sur des terres nouvelles on les voit resplendir à l'éclair des prunelles dans un accent de voix dans un geste inutile Ils mourront tous à l'heure dite à la va-vite Ces yeux s'éloigneront ainsi que deux lanternes que l'on voit disparaître aux routes en forêts Ces yeux reparaîtront on reverra leur cerne on ressent leur regard Eh quoi ce n'est pas eux La vie est parcourue de fantômes futiles De loin on reconnaît la démarche amicale Et de près ce n'est plus qu'une vaine vapeur Squelette ridicule ou burlesque brouillard allez-vous-en allez-vous-en je ne crains plus que le mystère enclos dans la réalité. soir Jadis un c¦ur battait dans cette poitrine Il ne battait que pour elle Le c¦ur bat toujours mais on ne sait plus pourquoi Celui-là a clos ses lèvres à jamais Il ne dit plus Il ne dira jamais plus le mot amour Peut-être le c¦ur bat-il toujours pour elle Il bat sûrement encore pour elle Mais il bat dans le silence Ce doit être une triste nuit Que la nuit de celui-là Qui écoute battre son c¦ur Il l'écoute il bat comme aux grands jours Comme aux jours délicieux Comme aux jours d'illusion Mais l'amour n'a plus le droit de se révéler Par la parole de ce veilleur acharné Obstiné à aimer et à souffrir Et si elle aussi a un c¦ur Un soir elle viendra à pas de loup Fermer ces yeux qui fixent son image dans l'obscurité Et mettre sur le silence de cet amour Le silence immense et sifflant du sommeil Mais alors elle apparaîtra dans un rêve Et tout sera à recommencer. à l'aube Le matin s'écroule comme une pile d'assiettes En milliers de tessons de porcelaine et d'heures Et de carillons Et de cascades Jusque sur le zinc de ce bistro très pauvre Où les étoiles persistent dans la nuit du café Elle n'est pas pauvre Celle-là dans sa robe de soirée souillée de boue Mais riche des réalités du matin De l'ivresse de son sang Et du parfum de son haleine que nulle insomnie ne peut altérer Riche d'elle-même et de tous les matins Passés présents et futurs Riche d'elle-même et du sommeil qui la gagne Du sommeil rigide comme un acajou Du sommeil et du matin et d'elle-même Et de toute sa vie qui ne se compte Que par matinées, aubes éclatantes cascades, sommeils, nuits vivantes Elle est riche celle-là Même si elle tend la main Et doit dormir au frais matin Dans sa robe crottée sur un lit de désert. nuits Femmes de grand air Femmes de plein vent Est-ce que la nuit est douce pour vous Femmes de plein vent Rôdeuses rencontrées à l'aube Est-ce que la nuit ne vous déchire pas Femmes de grand air Laboureuses perdues dans les plaines Est-ce que la nuit est une moisson pour vous Femmes de plein vent Marchandes de poissons aux mains crevassées Est-ce que ta nuit coule vite pour vous Femmes réveillées au petit jour Femmes traînant au travail des pieds meurtris Est-ce que la nuit est sans écho pour vous La nuit est-elle douce? La nuit vous déchire-t-elle? Moissonnez-vous la nuit? La nuit coule-t-elle vite pour vous? Femmes de grand air Femmes de plein vent Femmes de la nuit de l'aube et du jour Rôdeuses laboureuses poissonnières Aimez-vous le plein air Aimez-vous le grand vent? pierre à pierre Pierre à pierre et pied à pied Et c¦ur à c¦ur et tête à tête Les beaux jours sont passés Fil à fil et feuille à feuille Et un à un et seul à seul Les jours sont beaux et ne passent pas Grain à grain corps à corps Et côte à côte et main à main Bien malin qui gagnera la bataille Pierre à grain et seule à un Et main à c¦ur et tête à c¦ur L'amour est vaste comme le monde. chantepleure Chantecaille fleur des rues Chantepie fleur des bois Chanteloup fleur des eaux Chantamour fleur des nuits Chantemort fleur des pois Pleurivresse fruit de l'aube Pleurétreinte fruit des yeux Pleuraccueil fruit des mains Pleurémoi fruit des lèvres Pleurez-moi fruit du temps. le loup Le loup n'a plus les dents longues au temps des aubépines Les yeux lueurs de brasier Éclatantes étoiles Figures de lac et de torrent Neige forêt Et sur tout cela comme dans les images La zébrure d'un ruisseau de sang Un traîneau fuyant au loin vers les forêts La voix d'une petite fille Loup y es-tu n'y es-tu pas au temps des aubépines au temps des pommes de pin. À la dame si reine À la dame si reine est le cabaret où je suis attablé ce soir parmi des tables vides et nues comme des tombeaux. Les garçons ont fait grande toilette Ils s'affairent autour des chaises sans occupants: Dans leur costume de corbeaux Ils ont l'air de célébrer le mariage de la solitude et de la nuit et moi j'attends. Parfois le téléphone résonne et nul ne va répondre et peut-être est-elle au bout du fil, loin d'ici, à m'appeler mais nul ne répond et je ne sais quelle force m'interdit d'aller prendre l'appareil en mains et de dire: « C'est moi, l'alcool brille dans les bouteilles viens, viens vite, nous boirons toute la nuit si tu le désires Si tu veux dormir, tu dormiras dans mes bras en attendant le matin de cristal et de drap mouillé qui tombe comme une vague sur la ville. » Là-bas, la maison est vide Je cours de chambre en chambre en appelant Je pleure sur ton oreiller Je sanglote en disant ton nom car nulle année passant après une autre année ne pourra distraire ma pensée de ta pensée mon désir de ton désir et ma bouche de ta bouche. Les draps se saliront sans être froissés sur le lit où tu aimais dormir et je crève d'être seul et d'appeler et d'imaginer à quels outrages te soumettent les larves immondes que le destin a dressées sur notre chemin. ![]() |
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